Disclaimer : Les personnages sont à JKR - et apparemment, elle n'a pas tout à fait fini de jouer avec...
Titre : Et partirent en balade par le vaste vaste monde…
Auteur :
emiime cachée sous le pseudo de
ladycliodnaTraduit par :
benebuVersion originale :
And went for a walk in the wide, wide worldPairing : Percy/Harry
Rating : PG-13
Nombre de mots : 11 200 (à une queue de vache près) - en deux posts, du coup.
Résumé : Personne n'a jamais dit que ce serait facile de partager un bureau avec le Garçon Qui a Survécu - ni de partager sa vie avec son homonyme.
Requête originale : Percy et Harry travaillant ensemble au Ministère, avec des tonnes d'UST.
Note : repost d'une fic publiée dans le courant de la semaine dernière sur
hp_slash_fr où, comme on le dit pudiquement, elle a eu du mal à trouver son public.
Pas de spoilers tome 7
Ne pensez pas que vous serez forcément conscient de votre propre illumination. ~Bouddha, Dhammapada.
Et partirent en balade par le vaste vaste monde…
Percy ne leva pas les yeux quand une ombre tomba sur son bureau. Il savait que c’était Harry. C’était toujours Harry. Chaque saleté de matin à neuf heures dix, le Garçon Qui Avait Survécu entrait d’un pas nonchalant dans le bureau que lui et Percy partageaient comme s’il était la saleté de propriétaire des lieux.
(Bon, admettons qu’il l’était, en quelque sorte, vu que l’intégralité du Monde Magique avait des dettes sorcières envers lui et tout ça, mais Percy ne pensait vraiment pas que ce soit une excuse suffisante pour arriver en retard. Quoique ce soit agréable, surtout les matins où il pleuvait, d’avoir le bureau pour lui tout seul pendant plus ou moins une heure, et d’avoir l’opportunité d’allumer un feu et de travailler sans être dérangé pendant un bout de temps - mais quand même, quand même, il n’avait pas la moindre excuse. Pas la moindre.)
Percy soupira et repoussa une pile de dossiers sur le côté, avant d’ouvrir le premier dossier de la pile suivante, puis soupira à nouveau en voyant que l’ombre de Harry ne faisait pas mine de bouger.
« Tu vas bouger ? » demanda-t-il, plissant les yeux pour regarder le garçon aux cheveux en désordre, et rajustant ses lunettes. « Je croule plutôt sous les dossiers, là, et j’ai un déjeuner de travail, et tu me bloques la lumière. »
Harry ne fronça que légèrement les sourcils, et écarta sa frange dégoulinante de ses yeux, et changea sa prise sur le baluchon qu’il tenait entre les mains.
« Euh, » dit-il, avant de compléter par, « ben… »
Percy lui adressa son soupir le plus exaspéré de la matinée, et posa sèchement sa plume sur son bureau. Il n’était pas d’humeur.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Eh bien, c’est seulement que ton bureau est plus près du feu, alors je me disais qu’on pourrait y installer son lit. » Et avant que Percy ne puisse comprendre exactement ce que venait de dire Harry, ou, en fait, qu’il ne puisse lui demander s’il n’était pas devenu complètement barjo à vouloir installer des lits sous les bureaux et Dieu savait quelles autres bêtises, Harry déposa le baluchon effiloché qu’il tenait entre les mains sur le bureau de Percy. Celui-ci récupéra le dossier ouvert de sous quoi-que-soit-ce-truc avant que le tout ne soit abîmé par l’eau de pluie, et grimaça. Ensuite, il se pencha sur le baluchon.
« Qu’est-ce… » commença-t-il, mais il n’alla pas plus loin quand le baluchon remua. Percy retroussa légèrement une lèvre, se demandant si c’était l’idée que Harry se faisait d’une blague.
« C’est un chien, » annonça Harry pour toute explication, et il déplia un coin de ce qui avait peut-être autrefois été une couverture. « Un chiot, j’imagine, » corrigea Harry, et Percy s’éloigna un peu. Mais de grands yeux marrons se levèrent vers lui depuis la couverture roulée, et une petite patte foncée s’aventura au dehors, et Percy se pencha en avant juste assez pour vérifier l’identité de la créature.
« Très bien, c’est un chiot, » confirma-t-il. « Mais qu’est-ce qu’il fait ici ? »
« Ici sur ton bureau ? »
Dieu que ce garçon pouvait être incroyablement crétin parfois. « Eh bien oui ! Ici, sur mon bureau, ici, dans le bureau, ici au Ministère ! Pourquoi est-ce que tu as amené un chiot avec toi au travail ? »
« Oh, » dit Harry, et il battit un peu des paupières. Percy se leva et croisa les bras, attendant que les synapses de Harry fassent les connexions nécessaires.
« Il était dehors, » commença-t-il. « Et il pleut, tu sais, il fait un temps pourri. Et la pauvre petite chose était toute recroquevillée - c’était la seule chose convenable à faire, Perce. » Harry haussa les épaules, et gratouilla du doigt le bout du museau du chiot.
« Bon, d’accord. » Percy observa l’animal, qui maintenant donnait des coups de patte maladroits à la guenille dans laquelle il avait été enveloppé. Il tendit un doigt vers son petit nez velouté. Il n’était pas sans-cœur - il aimait les animaux (généralement au cas par cas, mais il n’y avait pas grand chose qu’on pouvait ne pas aimer chez un chiot de quelques semaines à peine) et il n’avait pas l’intention de renvoyer sous la pluie un autre être vivant.
« Fais-lui donc un lit, alors, » dit Percy, et Harry sourit. Percy supervisa Harry alors qu’il métamorphosait des mouchoirs en couvertures et les disposait sous le bureau de Percy, avant de déposer le chiot au milieu.
« Tu crois qu’il sera bien, là ? » demanda Harry une fois que le chiot se fut installé et eut poussé un grand bâillement de chiot, avant de s’endormir.
« Il sera très bien, » répondit brièvement Percy, avant de remettre son siège à la place qui lui revenait, bloquant de manière effective la vue de Harry sur le chiot. « Maintenant, si ça ne te fait rien, je suis encore plus en retard que tout à l’heure, alors si tu veux bien aller t’asseoir à ton bureau et travailler un peu, ou faire quoi que ce soit que tu fasses quand tu restes assis là-bas pendant toute la journée, j’apprécierais d’avoir un peu la paix. »
Harry grimaça mais ne dit rien. Il alla jusqu’à son bureau, et commença son rituel matinal de réarrangement des photos et des babioles qu’il avait accumulées sur son bureau.
Percy poussa le plus léger des soupirs, et se pencha une fois de plus sur son travail, ignorant le gentil tiraillement qui survint quelques instants plus tard au niveau de son lacet droit.
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Harry s’en alla de bonne heure ce jour là (il le faisait tous les jours, pas que Percy en tienne le compte, parce que ça n’avait absolument rien à voir avec Percy, mais on ne peut pas s’empêcher de le remarquer quand votre collègue de bureau rentre chez lui les mains dans les poches à cinq heures moins le quart de l’après-midi) et Percy se contenta de pousser son maintenant habituel soupir-de-martyr (bien que jamais il n’aurait avoué qu’il s’agisse d’un soupir de martyr, parce que ça aurait voulu dire qu’il tenait compte de Harry dans son évaluation de sa situation, et ça aurait été non seulement inutile, mais aussi extrêmement contrariant) et laissa le gamin s’en aller.
Pour sursauter un instant plus tard, attraper le chiot dans ses bras et se lancer à la poursuite de Harry dans les couloirs jusqu’à l’ascenseur dans lequel il était justement en train d’entrer maintenant.
« Tu as oublié… » dit-il, cherchant son souffle, « Tu l’as oublié. Lui. Ça. » Et Percy fourra l’animal dérouté dans les bras de Harry. Enfin, il essaya.
« Oh, mais je ne peux pas l’emmener ! » protesta Harry, repoussant le chiot dans les bras de Percy.
« M-mais…Tu… C’est toi qui l’as amené ! »
« Ben, oui, » convint Harry, bloquant la porte de l’ascenseur, « mais je ne peux pas le ramener à la maison. George a un chat, et je ne crois pas que ce serait une bonne idée. Il faut que toi, tu le prennes, Percy. » Et Harry fit un pas en arrière, dans l’ascenseur, et fit un petit geste de la main et - est-ce que c’était un sourire narquois ? - alors que la porte se refermait et que l’ascenseur descendait.
Enfer et damnation.
Percy fixa le chiot, le tenant à bout de bras. C’était une petite chose toute mignonne, tout en yeux et en pattes et en fourrure lisse et noire, et elle sortit sa petite langue rose, et regarda Percy d’un air solennel avant de donner un petit coup de patte au poignet de sa chemise.
« Très bien, » concéda Percy, de son plus sérieux ton de Préfet En Chef Qui N’est Pas Là Pour Rigoler, « mais seulement pour cette nuit. Demain, on te trouvera une vraie maison. »
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Le lendemain matin, le chiot était dans sa tanière sous le bureau de Percy, ronflant légèrement (Percy ne savait pas avant que les chiots pouvaient ronfler, et il avait assez mal dormi lui-même à cause de la combinaison des ronflements et des cris plaintifs intermittents, et il n’arrêtait pas de donner de petits coups d’orteil au chiot sous le bureau, mais il refusait d’arrêter) quand Harry fit son entrée à neuf heures vingt.
« Le chiot ronfle, » annonça Percy pour toute salutation.
« Je sais, » convint Harry avec un grand sourire. « Il le faisait déjà un peu hier. C’est mignon, hein ? »
« Pas vraiment, » contra brièvement Percy, avant de se pencher à nouveau sur son travail pour signifier que la conversation était terminée. Harry s’attarda un instant, puis soupira et alla jusqu’à son propre bureau, où il commença les rituels auxquels il perdait son temps en arrivant.
La matinée s’écoula dans le silence confortable que Percy et Harry étaient habituellement capables d’établir. Percy travaillait, Harry bricolait dans son coin, et le chiot dormait. Et ronflait.
Le chiot commença à chouiner à l’approche de l’heure du déjeuner.
« Il a faim, » affirma Harry, faisant sursauter Percy hors de la rêverie dans laquelle l’avait fait plonger un tableau de chiffres particulièrement complexe (et inutilement tarabiscoté ; Scrimgeour avait vraiment tendance à compliquer un peu trop les choses).
« Je te demande pardon ? »
Harry fit un geste en direction du bureau de Percy. « Ton chiot a faim. Il chouine. »
« Premièrement, » affirma Percy en levant un doigt en l’air, « ce n’est pas mon chiot. Et deuxièmement, il n’a pas faim. Je lui ai donné à manger il y a une demi-heure, pendant que tu étais en grande discussion à la cheminée avec ton bookmaker. Il a mangé un peu de corned-beef, et il a bu de l’eau. »
Harry eut au moins la décence de paraître honteux de la nature de son appel par cheminée, mais le sourire l’emporta néanmoins.
« Dans ce cas, c’est qu’il a envie de sortir, » conclut Harry, son sourire se transformant en ce qui ne pouvait être appelé autrement qu’une grimace moqueuse. « Tu ferais mieux de ne pas traîner. Et n’oublie pas de prendre ton parapluie. »
Percy se renfrogna. Ça faisait vingt-quatre heures que la pluie n’avait pas arrêté de tomber, et le chiot avait eu besoin de sortir au moins une douzaine de fois - plus, probablement, mais Percy ne s’était pas vraiment donné la peine de compter - pendant ce laps de temps. Il poussa un soupir, et ramassa l’animal dans sa tanière, attrapa sa cape et son parapluie, et, avec autant de dignité qu’il put en rassembler, quitta le bureau et se dépêcha de sortir pour que le chiot puisse faire ce qu’il avait à faire.
Quand Percy revint, un quart d’heure plus tard (franchement, est-ce qu’il ne pouvait pas simplement se contenter de faire ses besoins sans y ajouter tout ce cirque et renifler tout ce qu’il trouvait dans la rue ?), Harry était parti déjeuner (en avance). Percy soupira et sortit le reste du corned-beef qu’il avait apporté pour son propre déjeuner, avec un reste de purée et de petits pois. Il lança un sortilège de réchauffage, et commença à manger, se remettant au travail sur ses feuilles de calculs (a-ha ! Ça allait peut-être être plus simple que ça n’en avait l’air) et faisant de son mieux pour ignorer les couinements plaintifs du chiot.
« Non, » lui dit-il finalement avec fermeté, regardant l’animal d’un œil sévère. « C’est mon déjeuner. Tu as déjà eu le tien. »
Le chiot arrêta de chouiner et pencha la tête de côté quand Percy lui parla.
Saleté de petite chose toute mignonne.
Percy soupira et le prit sur ses genoux et lui donna de petits morceaux de bœuf, et de la purée (que le chiot se régala à lécher sur le bout des doigts de Percy. Par contre, les petits pois ne semblèrent pas l’intéresser.)
« Mais ne vas pas raconter ça à Harry, » sermonna Percy, « la dernière chose dont il ait besoin, c’est de savoir que je me suis laissé attendrir aussi facilement. » Percy marqua une pause, et ferma les yeux. Il était en train de discuter avec un chien. Son travail devait vraiment commencer à l’atteindre.
Il était peut-être temps qu’il se mette à sortir pour le déjeuner.
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Alors que les aiguilles de la pendule cheminaient vers quatre heure et demie, Percy regarda du coin de l’œil Harry commencer à rassembler ses affaires pour partir. Harry se leva, enfin, et avança jusqu’à la porte, mais Percy joua de la baguette, et referma vivement la porte juste au moment où Harry y arrivait.
« Prends le chien, » demanda Percy. « Je ne veux rien savoir au sujet de la saleté de chat de ton colocataire. Je refuse de passer une autre nuit sans dormir à cause de lui. »
« C’est le chat de ton frère ; j’aurais cru que tu aurais un peu plus de respect pour ce que ta famille… Oh, mais attends, c’est vrai, tu t’en fiches, » rétorqua Harry, croisant les bras.
Percy serra la mâchoire, plissa les yeux, et se leva. « Ma famille et moi-même avons un accord mutuel. Un accord tacite. C’est un mot qui veut dire ‘dont on ne parle pas’. Et ce ne sont pas tes affaires, alors tu ferais bien de rester en dehors de tout ça. Et tu emmènes le chiot avec toi. » Percy croisa les bras tout aussi catégoriquement que Harry l’avait fait. Harry n’était pas la seule personne de ce bureau qui savait se montrer obstinée. Percy aussi pouvait jouer à ce jeu-là.
« Ecoute, » expliqua Harry en sortant sa baguette, « tu vas devoir garder le chien pendant un moment. Il t’aime bien. Et il a besoin d’une maison. »
« Et si je refuse ? »
« Si tu refuses, » répliqua Harry, baissant la baguette en direction de Percy et en donnant un brusque coup vers le haut, « alors je te collerai celle-là dans le cul, comme ça tu auras une raison de marcher comme si tu avais quelque chose de coincé dedans. »
Percy plissa les yeux pour ne pas les laisser s’écarquiller. Ça n’aurait pas dû être excitant. Oh, Dieu, pourquoi est-ce que son corps réagissait toujours de façon tellement inappropriée ?
« Désolé, Perce, » lança Harry, ce sourire coquin refaisant surface aux coins de ses lèvres, « J’ai bien l’impression qu’il s’est attaché à toi. » A ces mots, le chiot émit un petit jappement depuis son abri sous le bureau de Percy.
Percy leva les yeux au ciel. « Traître, » marmonna-t-il. Et il avait partagé la moitié de son déjeuner avec l’animal, en plus.
« Harry, sérieusement. Je ne peux pas garder ce chien. Il faut que tu le prennes, ou que tu lui trouves une maison. Je refuse d’en prendre la responsabilité ! »
« Allez, Perce. Tu adores les responsabilités ! » Le sourire de Harry s’élargit encore pendant que Percy enrageait. Ce n’était purement et simplement pas vrai. Il y avait des conditions. Percy n’aimait pas les responsabilités quand les responsabilités étaient un colis qui avait faim, qui chouinait, qui jappait, qui ronflait, et qui avait besoin de sortir toutes les heures. Percy adorait les responsabilités quand elles ne lui demandaient pas de se salir les mains.
Et il aurait expliqué tout ça à Harry dans les détails, sauf que Harry s’était glissé par la porte et était arrivé aux ascenseurs avant que Percy ne puisse assembler tout cela en une répartie pleine d’esprit.
Percy se baissa pour attraper le chiot. « Je mets une annonce dans la Gazette dès demain, » annonça-t-il.
Le chiot chouina.
« Ne mets pas ma patience à l’épreuve, » marmonna Percy, fixant la pendule et attendant que les aiguilles ne finissent leur route jusqu’à cinq heures.
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Percy avait réellement, sincèrement eu l’intention de faire passer une petite annonce dans la Gazette le lendemain. Mais sa réunion du matin se prolongea plus que prévu (et Percy espéra que Harry se souviendrait qu’il lui avait promis de sortir le chien quand il se mettrait à chouiner, et pria pour ne pas retrouver de flaque sous son bureau quand il reviendrait) et dans l’après-midi, Harry prit à nouveau fait et cause pour le chiot.
« Comment est-ce que tu vas l’appeler ? »
« Hm ? » Percy avait tendance à ne pas écouter Harry la première fois qu’il disait quoi que ce soit, parce que c’était rarement quelque chose qu’il avait envie d’entendre.
« Comment est-ce que tu vas appeler le chiot ? »
Percy jeta un regard vers Harry, qui souriait comme un idiot, tapotant sa plume contre sa joue comme s’il avait vraiment été en train de travailler au lieu de (ce que soupçonnait Percy, et les soupçons de Percy au sujet de Harry étaient rarement erronés) s’adonner aux mots croisés permuteurs du Chicaneur.
« Je ne vais pas le garder, » soupira Percy, « et c’est pour ça que je n’ai pas besoin de lui donner de nom. Je mets une annonce dans la Gazette demain, puisque tu sembles être complètement incapable de t’occuper de tes propres chiens perdus. »
« Roger, c’est un bon nom pour un chien, » affirma Harry, comme si Percy n’avait absolument rien dit, « ou Louis, ou Jacky, ou Spike. »
Percy leva un sourcil. Spike ?
« Et pourquoi est-ce que je ne l’appellerais pas Harry Potter ? J’imagine que ça me vaudrait quelques réponses à mon annonce dans la Gazette, non ? »
Au lieu de protester, comme Percy l’avait espéré, Harry se mit purement et simplement à glousser.
« Génial ! » dit-il à travers ses rires. « J’adore. Percy Weasley, ne laisse jamais quiconque te dire que tu n’as pas le sens de l’humour. »
Percy se renfrogna.
Le chiot chouina.
« Harry Potter ! » Harry rigolait tout seul en se penchant à nouveau sur ses mots croisés.
Percy baissa les yeux vers le chien, qui levait vers lui un regard implorant.
« Si vous voulez bien nous excuser, » annonça Percy à la cantonade, « Harry Potter et moi allons sortir un moment. »
Les ricanements de Harry suivirent Percy jusqu’au bout du couloir.
&&&&&
Percy se réveilla le lendemain matin beaucoup plus tôt qu’il ne le faisait habituellement, et, pendant un instant, se demanda pourquoi. Le réveil interne de Percy était plutôt précis. Il lui fallut quelques secondes ensommeillées pour réaliser que la raison pour laquelle il était éveillé était que quelqu’un lui soufflait des bouffées d’air chaud dans la nuque.
Percy s’assit aussitôt, s’écrasa les lunettes sur le nez, et se retourna pour voir Harry Potter qui ronflait comme un bienheureux, la tête sur l’oreiller de Percy, les pattes agitées de spasmes dans son sommeil. Il y avait des poils noirs sur la taie d’oreiller blanche de Percy, et une petite flaque de bave près de l’endroit où la tête de Percy avait été posée.
Percy sentit ses lèvres se retrousser dans une réaction automatique de dégoût.
« Les chiens ne dorment pas sur les lits, » annonça-t-il avec toute l’énergie dont il était capable à - Percy jeta un œil au réveil posé sur la commode - cinq heures et quart du matin.
Harry Potter, cependant, ne semblait pas se soucier du fait que les chiens ne dormaient pas sur les lits, parce qu’il continua à dormir, ses pattes de devant touchant ses pattes arrières alors qu’il gambadait dans les champs de trèfle du pays des rêves.
Percy soupira et attrapa le chiot toujours assoupi, pour le reposer dans son panier parfaitement fonctionnel, posé dans le coin (ce même panier pour lequel Percy était toujours contrarié d’avoir dépensé autant d’argent, ces vendeurs de l’animalerie n’étaient ni plus ni moins que des voleurs de grand chemin), retourna son oreiller sur l’autre face, et se rendormit.
Pour être réveillé une demi-heure plus tard par un gémissement plaintif venant du pied de son lit.
Percy grogna. Les chiens étaient des créatures ridicules. D’accord, il n’avait jamais eu dans sa vie qu’un rat et un hibou, mais il avait toujours souscrit à l’école de pensée qui disait que les animaux ne devaient demander que peu ou moyennement d’attention, avec des crottes faciles à ramasser, des voix basses, et peu de besoin d’interaction.
Harry Potter se révélait être, comme son homonyme, plus qu’un peu énervant, avide d’attention, affamé, bruyant, et avec en prime une toute petite vessie.
Et pourtant, se dit Percy tout en s’habillant, enfilant un pull et ses mocassins, il y avait chez lui quelque chose de vaguement attendrissant.
Chez le chien, bien sûr, c’était de lui dont il parlait - et pas du Héros du Monde Magique. Le Héros n’avait pas le moindre côté attendrissant, pour autant que Percy soit concerné. Bon, c’est vrai qu’il était relativement beau gosse, qu’il n’était pas un complet idiot, et que ses blagues n’étaient pas toujours stupides, même si Percy prétendait que c’était le cas, mais il n’avait que peu de qualités auxquelles se raccrocher, et… non, non, non. Percy secoua la tête pour s’éclaircir les idées. Il devait certainement être épuisé pour penser autant à Harry-le-Héros, alors que Harry-le-Chien avait besoin de sortir.
Alors qu’il mettait les pieds dehors, Percy se rendit compte qu’il avait oublié son parapluie.
La pluie trempa le dernier pull propre de Percy alors que Harry Potter prenait tout son temps pour trouver un endroit acceptable où faire ses besoins.
&&&&&
Les bureaux de la Gazette étaient fermés pour la journée. Percy s’éloigna, Harry Potter assoupi dans ses bras, marmonnant tout seul que ce n’était pas une façon de faire tourner un commerce, et se demandant comment ils avaient pu ne pas l’entendre cogner à la porte, et qu’il savait bien qu’ils étaient là, et qu’est-ce qu’ils allaient bien pouvoir faire, hein ? ne pas sortir de journal aujourd’hui ?
Sauf qu’ils sortirent un journal, et apparemment, il n’y avait que le bureau principal qui avait été fermé pour la journée, et Percy marmonna encore un peu tout seul dans l’après-midi, regrettant de ne pas avoir poussé plus loin ses investigations et de ne pas avoir pu faire paraître d’annonce avant le week-end, tout en garnissant le lit de Harry Potter sous le bureau avec les petites annonces.
Percy émergea de sous son bureau juste au moment où Harry-le-Héros (et ça ennuyait vraiment Percy de continuer à penser à Harry sous ce nom ; pourquoi est-ce qu’il ne pensait pas à lui comme à Harry-l’Humain, ou Harry-Numéro-Un ?) essayait de se glisser dehors.
« Non, tu ne bouges pas, » lança Percy. « Il faut qu’on parle. »
A la surprise de Percy, Harry-le-Héros (non, pas le Héros, seulement Harry !) s’arrêta, se retourna, et lui sourit.
« Qu’est-ce qu’il y a, Perce ? »
Percy était stupéfait.
« Pourquoi est-ce que tu es de si bonne humeur ? »
« Parce que c’est enfin le week-end, et parce que je file chez moi pour prendre une douche chaude et me raser avant mon rendez-vous de ce soir. »
« …Oh. » Percy laissa se passer un blanc en matière de réponse. Harry avait un rendez-vous ? Bien sûr qu’il avait des rendez-vous, évidemment - avec toute cette histoire de Héros qui lui collait aux basques - mais pendant tout ce temps où ils avaient travaillé ensemble, Harry n’avait jamais mentionné de rendez-vous, et encore moins été d’aussi bonne humeur avant l’un d’eux.
Bien sûr, Percy non plus, mais c’était parce que ses rendez-vous - peu importait qu’il n’en ait pas eu un seul depuis plus d’un an - ne regardaient personne d’autre que lui.
« Et de quoi est-ce que tu as envie qu’on parle ? »
Oh, oui, Percy avait eu besoin de lui parler de… quelque chose. Son esprit était un peu en vrac depuis l’annonce inattendue de Harry (et franchement pourquoi est-ce que c’était si choquant ?), et Percy fut reconnaissant, à ce moment là, d’entendre un bruit provenir soudain de sous son bureau.
« De Harry Potter. Euh. Du chien. Il faut que tu t’occupes de lui trouver une maison. »
Harry lui fit une grimace. « Je pensais que tu allais le garder. »
Percy remonta ses lunettes sur son nez. « Et pourquoi diable est-ce que tu t’es mis en tête une chose pareille ? »
« Eh bien, » expliqua Harry, avançant jusqu’au bureau de Percy et se perchant dessus, « déjà, tu lui as donné un nom. »
Percy s’effondra un peu dans son siège de bureau. « Pas vraiment. »
« Comment ça, ‘pas vraiment’ ? Tu l’appelles par ce nom, il a un nom, est-ce que ça ne veut pas dire que tu lui as donné un nom ? »
« Euh, » répondit Percy en se mordant la lèvre. Se faire battre par Harry Potter dans un concours de logique était, en un mot, contrariant.
Harry sourit.
« Ce n’est pas réellement son nom, » expliqua rapidement Percy, pour effacer ce sourire narquois du visage de Harry Potter. « C’est comme ça que je l’appelle. C’est… c’est une parodie de nom. Personne n’appellerait vraiment son chien Harry Potter. »
« Pourtant toi tu l’as fait. » Zut, depuis quand est-ce que Harry se montrait aussi pragmatique ?
Percy soupira. Soudain, il avait mal au crâne.
« Oui, j’imagine que je l’ai fait. » Percy retira ses lunettes et se frotta les yeux d’une main, désignant distraitement la porte du geste à Harry de l’autre main. « Tu n’as qu’à aller à ton rendez-vous, dans ce cas, Harry-le-Héros. »
…Oh merde, est-ce qu’il avait vraiment dit ça tout haut ?
« Comment est-ce que tu viens de m’appeler ? »
…Apparemment oui.
Le mal de crâne de Percy se fit plus intense, et il ne leva pas les yeux.
« Il fallait que je trouve une façon de faire la distinction entre vous deux, » marmonna-t-il, continuant à se frotter les yeux. « Ça m’a semblé le moyen le plus logique. Harry-le-Héros, et Harry-le-Chien. Je peux t’appeler Harry-aux-Pouces-Opposables, si tu préfères. »
Percy n’eût pas besoin de lever les yeux - il entendit le sourire dans le ton du Héros quand Harry répondit.
« Harry-le-Héros, ça me va, merci, » dit Harry. « Tu pourras m’appeler comme ça au bureau si tu veux. »
Percy eut un reniflement amusé.
« Mais pas au lit, malheureusement, » murmura Harry, son visage si proche que Percy pouvait sentir le souffle chaud du Héros, « j’ai bien peur d’être déjà pris pour tout le week-end. »
Et le temps que Percy comprenne ce que Harry-le-Héros (merde, Harry, juste Harry !) venait de dire, qu’il relève la tête, et remette ses lunettes, Harry (oui, juste Harry !) était parti.
Mais Harry-le-Chien, apparemment, avait quelque chose de plus pressant à l’esprit pour le moment.
Percy essaya de toutes ses forces de ne pas soupirer alors qu’il se tenait sous la pluie, à attendre que Harry Potter trouve l’endroit parfait où laisser sa marque.
&&&&&
Le dimanche, Percy Weasley avait fait des progrès substantiels dans sa relation avec Harry Potter.
D’accord, Percy avait passé bien plus de temps assis par terre qu’il ne le faisait en temps normal, mais - et zut - il commençait en fait à apprécier la bestiole.
Harry Potter apprenait vite. Percy était raisonnablement certain qu’un chien si jeune ne devrait pas déjà savoir qu’il doit chouiner s’il veut sortir, mais ce comportement avait été quasi-instinctif chez Harry Potter. Et quand, le dimanche après-midi, Harry Potter avait fini par maîtriser complètement tous les tours que Percy avait pu imaginer demander à un chien de faire (et qui, pour être juste, n’étaient pas si nombreux - mais assis, pas bouger, et aboyer n’étaient certainement pas de la gnognotte), Percy commença à soupçonner quelque chose.
« Tu es magique, » dit Percy alors que Harry Potter était assis droit comme un i devant lui, ses grands yeux bruns grands ouverts et solennels.
Percy tendit une main.
« Donne la patte, » ordonna-t-il.
Harry Potter pencha la tête sur le côté.
« Donne la patte, » répéta Percy, cette fois plus énergiquement, approchant sa main tendue plus près de Harry Potter.
Harry Potter battit des paupières, et se laissa distraire par un papillon à mites.
« Peut-être pas, » murmura Percy, regardant le chiot courir après sa proie.
S’il devait avoir un chien, ça aurait été beaucoup mieux d’avoir un chien magique que n’importe quel autre genre de chien. Mais apparemment, Percy s’était trompé - peut-être que Harry Potter n’était pas magique.
Mais (Percy sourit quand Harry Potter attrapa la mite pour la relâcher, et se remettre à lui courir après) peut-être que ça n’avait pas d’importance.
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Percy n’arrêtait pas de remuer sur son siège au bureau le lundi matin, et il ne parvenait pas à se concentrer sur son travail.
Il avait laissé Harry Potter seul dans son appartement (franchement, il ne pouvait pas continuer à l’amener au travail - c’était au mieux, irresponsable, et au pire, illégal, et il n’avait pas vraiment envie que Scrimgeour entende parler du chien sous son bureau) et il ne pouvait pas empêcher son esprit de construire des scénarios élaborés dans lequel Harry Potter détruisait toutes les possessions de Percy avec ses petites griffes mortelles et ses dents aussi aiguisées que des rasoirs.
Percy sauta de son siège, et attrapa sa cape suspendue au crochet.
Harry leva les yeux, cillant.
« Tout va bien, Perce ? »
« Oui - j’ai seulement oublié un truc - je reviens tout de suite… »
Percy courut presque jusqu’à l’ascenseur.
Chez lui, rien ne semblait avoir bougé. Percy avançait dans son appartement, s’attendant à chaque tournant, à chaque porte, à trouver une vision d’apocalypse.
Mais rien n’avait bougé. Ses peurs avaient été infondées. Percy ouvrit la porte de la chambre à coucher pour trouver Harry Potter roulé en boule sur son oreiller - l’oreiller de Percy - et ronflant.
Percy soupira.
« Les chiens ne dorment pas sur les lits, » annonça-t-il, comme si c’était une information nouvelle pour Harry Potter, alors qu’il avait essayé de se glisser sur le lit de Percy toutes les nuits jusque là.
Percy attrapa le chiot et le reposa, toujours endormi, dans son panier dans le coin de la pièce.
« Pas bouger, » ordonna-t-il à l’animal paisiblement endormi, et il sortit lentement de la pièce pour retourner travailler. Apparemment, Harry-le-Héros avait attendu son retour.
« Harry Potter va bien ? »
Percy lança un regard de l’autre côté de la pièce en accrochant sa cape. « Qu’est-ce qui te fait penser que je suis allé le voir ? »
Harry-le-Héros sourit. « Tu l’aimes. »
« Je… ! »
« Tu l’aimes, » se moqua Harry. « Tu vas le garder, pas vrai ? »
Et c’est à ce moment que Percy réalisa qu’il allait le faire.
Et qu’il ne lui servirait à rien de lutter.
Percy sourit en se rasseyant à son bureau. Il y avait longtemps - bien longtemps - que Croûtard avait été à lui (et Percy essayait en général de dissocier la connaissance de la véritable identité de Croûtard des bons moments qu’il avait passés avec son animal) et Hermès, quoique utile et majestueux, n’était pas vraiment ce qu’on pouvait appeler affectueux.
Et… oui. Malgré son désordre inhérent, et toutes les autres qualités que Harry-le-Chien partageait avec Harry-le-Héros, Percy pensait que le chien pourrait faire un compagnon convenable, après tout.
Et pour ce qui concernait le Héros…
« Comment s’est passé ton rendez-vous ? »
Percy se surprit lui-même avec sa question, mais il était de tellement bonne humeur après s’être assuré que son appartement n’avait pas été détruit, qu’il ressentait une chaleur inexplicable envers tous les êtres nommés Harry.
Harry leva les yeux et lui sourit.
« Pas mal, » répondit-il, et il se leva pour aller faire du thé à la table bancale qui servait à la fois de support pour la théière, de lieu de stockage pour la pile de magazines de Quidditch de Harry, et de piédestal pour une plante verte dont les vrilles menaçaient d’envahir le bureau entier.
Percy hocha la tête, et se pencha sur son travail. Un moment plus tard, Harry reprit la parole.
« Pourquoi est-ce que tu poses la question ? »
Percy pencha la tête de côté. « Parce que je suis de bonne humeur, j’imagine. »
« Ça se tient. Earl Grey ? »
« S’il te plaît. »
Percy et Harry ne parlaient jamais vraiment de leurs vies privées. Bien sûr, il y avait une raison à cela - un bon nombre de raisons, vraiment. Ils n’avaient jamais vraiment été amis à l’école - la voie ambitieuse de Percy, et celle plus aventureuse de Harry y avaient pourvu, sans parler de leur différence d’âge - et leurs vies adultes n’étaient pas si différentes que ça de leurs jours d’école. Percy continuait sa carrière moyennement florissante au sein du Ministère, se présentant à l’heure au bureau tous les matins dans ses robes repassées, et avec une attitude pleine de bonne volonté, et Harry - et bien, il y avait eu toute cette affaire de victoire contre le Seigneur des Ténèbres, et ensuite…
… et ensuite quoi ? Et ensuite, il avait choisi, de tous les boulots qu’on lui avait proposés après la guerre, celui situé à un mètre vingt de Percy Weasley.
Il y avait quelque chose qui clochait.
Percy repoussa l’équation déséquilibrée de son esprit quand Harry déposa une tasse d’Earl Grey fumante devant lui. Sa bonne humeur n’ayant pas été altérée par ses mathématiques mentales, il le remercia d’un sourire.
« Alors, qu’est-ce que tu as fait ce week-end de ton côté, Perce ? » Harry se percha sur le bord du bureau de Percy, et Percy pencha sa tête sur le côté, se demandant si la conversation potentielle valait les cinq (dix ? - il n’en espérait certainement pas tant) minutes de travail qu’il perdrait.
Percy arrêta de calculer, et commença à parler à Harry de son homonyme.
Apparemment, ils parlaient de leurs vies privées maintenant.
…Huh.
(la deuxième partie)